Arbres jardinés

25– Les jardiniers d’aujourd’hui on compris l’intérêt esthétique des formes naturelles . Ils utilisent une gamme de végétaux de plus en plus grande et jouent avec les multiples combinaisons d’associations, ils laissent aussi une place plus importante à l’expression de la nature.

« C’est le mode biologique des plantes qui va déterminer l’emplacement et la forme des masses fleuries. Et comme ce mode biologique est très variable en fonction des espèces et du temps, les masses fleuries sont en mouvement. » (Gilles Clément). Le jardinier accompagne ce mouvement en réduisant l’importance d’une masse fleurie, en la dirigeant dans une direction voulue, en introduisant une nouvelle plante, etc.… « et on voit apparaître une sculpture dans la matière herbacée. » (Gilles Clément).

Ce discours est valable pour les herbacées : une masse d’herbacée est composées de plantes qui vivent soit isolées soit en colonies plus ou moins importantes la sculpture se fait en supprimant ou en rajoutant des plantes. Qu’en est-il des ligneux ?

Si l’on considère avec Francis Hallé que l’arbre est une colonie de réitéras (ensemble de rameaux) construisant années après années une structure commune sa sculpture se fait en en supprimant, en réduisant ou en guidant des rameaux. C’est la taille. Et la sculpture qui était bas relief avec les herbacées devient sculpture dans l’espace.

Si l’arbres et l’arbustes a été planté à un endroit où ils peut exprimer son développement complet, le travail consistera à accompagner sans le contraindre le déploiement de la structure, ce que sait faire tout bon élagueur. Mais si, comme c’est malheureusement très souvent le cas, l’espace prévu est trop étroit, les difficultés commencent.

Maîtriser le volume des ligneux en respectant les formes naturelles ou en les évoquant n’est pas dans notre culture. En Asie des jardiniers travaillent des arbres dans ce sens depuis des siècles, détournant leur développement naturel pour leur donner des formes que des éléments naturels aurait pus leur donner en d’autres lieux. Ce travail de sculpture des arbres est devenu, là bas, un véritable art à part entière. Il ne s’agit plus seulement de copier la nature mais de la magnifier et de la symboliser. Cet art à ses codes, ses règles, ses styles. Il n’y a de toute façon pas deux arbres identiques. Le catalogue de formes est dans la nature.

Ces tailles très respectueuses des arbres peuvent être une solution pour beaucoup d’arbres de nos jardins ou de nos villes. Elles font appel à une bonne connaissance des arbres et à un sens esthétique. Qualités de base d’un bon jardinier. J’ai appelé les arbres traités ainsi « arbres jardinés ».

« Jardinés » parce que les arbres se prêtant à ce type de taille sont essentiellement des arbres de jardins.

« Jardinés » parce que la plante entière est considérée comme une colonie d’éléments indépendants et en même temps liés entre eux par la structure, colonie dans laquelle le jardinier va sélectionner, mettre en valeur, accompagner certains éléments en en supprimant d’autres. L’arbre ou l’arbuste devient alors lui-même un jardin à part entière.

« Jardinés » aussi en référence à la forêt jardinée, forêt cultivée par une exploitation échelonnée dans le temps des arbres mûrs en respectant et favorisant les arbres d’avenir et le sous bois qui les accompagne.